29.08.2006
Suite réchauffée.
Le siège publique exprimait la dureté d'une sociétè faite par des hommes, les couloirs du metro circulaient tout autour dans un désordre de galeries carrelées de blancheur d'apparat, il s'était assis sur du rouge car le jaune ne lui convenait guère.
Il observait les ombres des usagers qui se détachaient sur les irrégularités de la colonne d'en face, un carreau de couleur sombre s'était risqué à se glisser parmis le lot de propreté calculée, il apparaissait sali tant il était seul et différent.
Lui ne savait plus à quel pied confier son futur.
Lui s'était senti assiégé alors il s'était assis, il savait que l'attente n'offrait que peu de salut, il pensait à cet oeil qu'il avait croisé un jour et qui depuis le poursuivait.
Il avait des poches gonflées sous son regard vide.L'épuisement était apparu trop rapidement pour marquer le visage de son usure, lui avait été pris de cours et la fuite le confinait désormais sur ce siège rouge enveloppé de carreaux blancs dont l'unité semblait se fondre autour de l'unique touche sombre qui le fixait d'en face, ce carreau dans cette colonne semblait l'observer...L'oeil.
Il se prît la tête à deux mains tout en se demandant d'où il devrait s'échapper pour enfin oublier son traumatisme, enfin parvenir à libérer les images d'horreur qui se consumaient en lui.
L'autre n'avait que faire de ses tortures, lui il l'homme qui l'attendait à la sortie de son destin ne se posait pas la question de la perdition, il l'attendait lui et c'est tout.
Il détendît ses jambes en s'offrant à la verticalité, un pas de velours lui garantît la certitude du sol et c'est ainsi qu'il reprît la direction de ses errances.
Les ombres humaines se glissaient de part et d'autre sans offrir la moindre résistance à son allure réduite, tout semblait ralenti par sa détresse alors que ses yeux ne captaient rien de plus qu'un sifflement homogène des silhouettes, rendu inerte par le sourdement de la vie urbaine il avançait avec l'impression d'une flottaison des sens...Cette blancheur usait le regard et la normalité des autres fustigeait sa pertinence d'être.
Il dérangeait le flux continu et régulier des battements de metro, on se raidissait quand on butait sur sa lenteur, on froissait son journal ou on serrait un peu plus fermement sa saccoche, son sac, son parapluie, son diffuseur sonore ou tout autre propriété manuelle.
Il représentait l'obstacle ultime à l'aboutissement de l'homme moderne rapide, inerte, obéissant.Lui ressentait cela sans y prêter la moindre attention.Lui n'avait que faire de la stupidité sociale, lui pensait qu'il lui faudrait bien s'extirper de cette situation.
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13.06.2006
Lui , il ,l'homme.
L'homme se tenait à proximité de la sortie du métro,son visage impassible témoignait de sa grande insensibilité aux évènements qui se déroulaient tout autour de sa position.Non pas qu'il fût totalement étranger à la scène,on aurait plutôt pensé qu'il avait été parachuté là par le fait du hasard quoique parfaitement conscient de la finalité du lieu.
Par sa grande taille et son allure massive,renforcées par le port d'un vieux blouson en cuir,l'homme imposait au regard des autres une timide curiosité lorsque,approchant de lui, ils distinguaient son oeil noir,profond et vide.
Nombreux étaient les passants qui baissaient la tête à sa hauteur,quelqu'uns plus hardis regrettaient instantanément leur insistance à le dévisager : l'oeil accrochait leurs questions par une acquisition vive,les fixait fermement jusqu'à les balayer à l'intérieur même de la conscience des audacieux.Certains mettraient plusieurs minutes à recouvrer leurs esprits et enlever cet oeil imprimé de leur rétine,comme fixée par le soleil.
Il attendait patiemment,les mains enfouies dans les poches de son blouson et face au flux de population qui s'extirpait péniblement de l'escalier souterrain.Seul son oeil trahissait l'intense activité qui reignait en cet étrange personnage d'une froideur presque humaine.
De temps à autre un lèger clignement venait troubler la passivité musculaire de l'individu,sur l'oeil la paupière se faisait furtive,ne laissant qu'une fine pellicule de liquide translucide et hydratante,mouvement naturel donc.La seconde quant à elle remplissait son office avec délectation,glissant lentement sur la surface vitreuse et terne de l'organe défunt,restait fermée quelques centièmes de seconde et ne consentait à se relever que lorsqu'elle estimait avoir apaisé son petit protégé.
Ce mouvement désuni était pourtant implacablement régulier,précis et semblait répondre à une programmation minutée parfaitement étudiée.
Le temps n'avait plus cours depuis qu'il était là.
Il le savait.
Sa présence générait de grandes perturbations dans le cheminement fourni des voyageurs du sous-sol,parfois la surprise d'un seul suffisait à ralentir la marche de dizaines d'autres,de centaines voire de milliers,et peut-être même occasionnait-elle des ratés dans les correspondances.
L'homme en question n'avait semble-t-il aucun train à prendre,lui seul savait pourquoi l'attente se prolongeait ainsi,et pourquoi sa patience se limitait à sa seule volonté.
Les regards troublés se défilaient rapidement à son abord.
On levait la tête par méprise,on ouvrait la bouche pour prononcer une excuse mais on la ravalait sur l'instant.On tournait le regard vers le réconfort de ses pieds et on en accélèrait la fréquence.On fuyait cet être étrange que l'on venait de découvrir,mais inconsciemment on savait pertinemment que lui nous dévisageait depuis le commencement.
On aurait cru qu'il était venu là pour nous,un envoyé de ce foutu destin on pouvait penser.Mais non,son intimidation suffisait largement à apaiser notre frayeur naissante,son immobilité nous prodiguait l'énergie de la fuite.
L'homme n'avait que faire des dommages temporels et existentiels dont il était l'épicentre;son indolence renforçait la puissance de sa stature,celle-ci complètait la pesanteur de cet oeil unique,cet oeil qui à lui seul représentait déjà tant de troubles...
Tout en sachant qu'un oeil l'attendait à la fin de sa vie,un homme avançait à pas lents et stables.Il n'avait pas l'apparence d'un homme qui ne sait pas qu'il va mourrir.Il apparaissait vêtu de sa normalité d'être,contenance affichée et extravagance renfrognée,sans offrir le moins du monde une quelconque emprise sur son état.
Lui attendait là-bas,lui avançait ici.Deux destins si éloignés et pourtant si approchants.
Lui qui avançait s'assit un instant...Il se lèverait plus tard.
(A suivre si ça vous a plu et si ça me dit hein non mais)
11:15 Publié dans Lui il, l'homme. | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
21.05.2006
Lui , il , l'homme.
Errances diurnes parcourant de biens sombres
destins,las de trouver sa situation trop assise et d'admirer ses
propres désillusions,il pensa un instant recourir aux courses de ses
pensées pour enfin s'extirper du peloton moutonneux qui le mêlait
farouchement au palpable néant de l'abstinence culturelle.
Non-pas que ce ne fusse une avancée
tonnante dans le domaine de la perception nombriliste de soi,il
conviendrait plutôt de décrire ces termes afin d'en saisir le point où
l'exclamation fait place à la finalité et aborde l'aisance maladroite
du tourisme avant-gardiste de la sagesse imbécile.
Lui préfèra, sans tenir son siège,s'enquerir des
tas d'âmes laissées pour compte par le fort intérieur de son
égo-centrisme dont la gestation aveugle n'avait de terme que dans les
mots.
Tel le suppôt intime de la grandeur nouvelle
qu'il introduisait lentement,lui il l'homme qu'il était maintenant
n'avait que ses riens à envier pour acquérir un jour ce que l'instant
présent ne lui avait que peu donné: un sens à sa vie.

23:25 Publié dans Lui il, l'homme. | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


